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Celui-ci arriva en début de soirée, alors que Yaeouil mangeait son bouilli. Yily se leva d’un bond lorsqu’elle entendit cogner à la porte. Dans l’entrée se tenait un homme courbé qui par une habile contorsion réussit à s’introduire dans la maisonnette. Une fois à l’intérieur il se redressa, son long chapeau couleur argent frottait au plafond. Son physique loin d’être ordinaire offrit un bien drôle de spectacle à l’elfe qui ne put s’empêcher de sourire en le voyant. Son corps allongé était maigre, sa fine barbe d’une blancheur cristalline et ses yeux d’un gris pâle fixaient un point invisible dans l’espace. Il semblait flotter dans ses vêtements amples, son allure maladroite et ses gestes incertains donnaient une impression de fragilité. De ses grands yeux, Yaeouil le dévisageait, elle trouvait qu’il ressemblait davantage à un magicien qu’à un médecin et ce, même si elle ne se rappelait pas n’avoir déjà vu un.
Le médecin s’approcha de l’elfe, se mit à genoux au pied de son lit et ouvrit sa grosse mallette. Yaeouil assise dans la paille s’étira le cou pour regarder le contenu de la valise. Elle y vit toutes sortes de bouteilles contenant des liquides de couleurs différentes, des pots de toutes les grosseurs, des parchemins enroulés et des petits lézards multicolores qui déambulaient parmi tous les objets hétéroclites. Elle remarqua aussi des sortes de petites machines en fer d’où émanaient des lumières qui clignotaient. Alors qu’elle tendait sa main pour fouiller à l’intérieur du sac, Yily l’interrompit.
L’elfe se cambra dans son lit effrayée par le cri aigu de la créature.
Puis Yily s’adressa au médecin sur un tout autre ton.
-Pardonnez-la, elle n’a pas toute sa tête, balbutia-t-elle. Yily semblait très gênée, visiblement elle vouait beaucoup de respect à l’homme qu’elle prétendait médecin.
-Ce n’est qu’une enfant, malgré les apparences ! Répondit-il de manière très posée.
-Comment te sens-tu ? Ta jambe est douloureuse ?
-Je... j’ai mal oui. J’ai des crampes qui montent dans ma jambe et qui se rendent jusque dans le bas de mon dos.
-Elle exagère sûrement, coupa Yily.
-Non pas du tout ! Contredit Yaeouil.
-As-tu essayé de te lever ?
-As-tu massé ton molet ?
-Non.
-Tu devrais.
-Ha oui !
Puis le médecin arrêta de dérouler le bandage, qui était maintenant presque tout enlevé et fixa Yaeouil dans les yeux.
À ce moment, le médecin prit une pause, il regardait toujours Yaeouil dans les yeux. Il savait que ce qu’il s’apprêtait à dire, serait pour l’elfe comme un coup de couteau dans son cœur déjà meurtri.
Le médecin fixait l’elfe, il semblait lire dans ses pensées. Un silence morne s’installa dans la pièce. À l’extérieur, une corneille croassa. Puis, après quelques secondes, les yeux de la jeune fille se remplirent d’eau, mais elle ne pleura pas. Pas tout de suite. Elle profita de cette pause pour enfin poser l’une des questions qui lui brûlaient les lèvres.
Aujourd'hui j'ai une grippe qui assaille mon esprit. Mais j'ai quand même voulu publier la suite de ce récit. Comme je suis malade, (c'est toujours bon d'avoir une excuse), je ne me suis pas trop attardé aux fautes. Donc, comme je vous le dis souvent, ne regardez pas trop. ;-)
Vous avez toute la semaine pour le lire, car je sais que c'est un peu long. Je devrais couper plus court, mais bon comme je ne publie pas souvent, je me permets une petite longueur.;-)
Bonne semaine à tous !

La soirée fut très longue. Les créatures ne lui adressèrent pas la parole, elles se contentaient de parler entre elles comme au souper et de s’amuser à un jeu. L’elfe les observait essayant de garder son esprit occupé à analyser les règles du jeu. Après quelques temps, elle réussit enfin à s’endormir. Quelques heures plus tard, on l’a secouait. L’une des créatures l’a recouvrait d’une couverture tandis que l’autre lui parlait. Elle n’entendit que la fin de la phrase.
-...surtout ne te lève pas, il y a un pot à côté de ta couche au cas où tu aurais besoin de te soulager.
Yaeouil balbutia quelques mots et se rendormit aussitôt.
Le couple de Yeil habitait depuis longtemps dans leur petite chaumière, il y avait vécu avec leurs deux enfants partis fondés leurs propres foyers depuis quelques années déjà. Les Yeil font partie de la race des trolls, il préfère vivre dans la forêt, éloignés de la ville et des villages. Ils sont considérés comme pacifiques, à moins qu’on les importune. Dans ce cas, ils peuvent se montrer sournois et très agressifs.
Ils fabriquent tous ce qu’ils ont besoin à partir des matériaux qu’il trouvent dans la forêt, bois, plantes, racines, gibier et minéraux. Pour acquérir des choses qu’ils ne peuvent fabriquer eux-mêmes, ils réalisent des bijoux et des infusions qu’ils troquent contre ce qu’ils désirent au marché de Bress. Lieu clandestin de prédilection pour tous les marginaux, on y déniche toutes sortes de trucs étranges et surtout des objets volés. Les Yeil s’y rendent souvent pour discuter des dernières nouvelles des villages et également celles de la ville. C’est ainsi
que les années passèrent pour ce couple de trolls, simplement et assez calmement. Mais le temps fit son œuvre et le couple de Yeil vieillissait. Ainsi, exécuter leurs tâches ménagères de même que chasser le gibier, les exténuaient de plus en plus.
Le lendemain, elle se réveilla tard. Les créatures bougeaient dans la pièce s’affairant au nettoyage de la maisonnée. L’elfe eut un frisson et s’aperçut qu’on lui avait enlevé sa couverture. Peu de temps après, son ventre se mit à gémir.
-Excusez-moi, pourriez vous me donner quelque chose à manger, j’ai drôlement faim, se hasarda t-elle de demander.
L’une des créatures se tourna et répondit sèchement.
-Ce n’est pas encore l’heure. Elle se remit aussitôt à sa tâche.
Yaeouil soupira et se recoucha dans son lit. Une vive douleur dans le bas ventre lui rappela qu’elle ne s’était pas soulagée depuis longtemps. Elle regarda en dessous de sa couche et aperçut un pot grossier. Mais au même moment, quelque chose attira son attention, son pied droit complètement dissimulé sous une épaisse couche de bandage l’a dérouta. Elle s’assit dans sa couche pour regarder de plus près et palper son pied emmailloté.
-Mais que fais-tu ? Ne touche pas à ton pied ! Le guérisseur nous rend visite cet après-midi et je ne veux surtout pas que tu gâches son si beau travail ?
Le ton autoritaire de la créature surprit l’elfe encore endormit, mais son caractère vif la força à répliquer.
-Vous trouvez ça beau ?
-Arrogante ! Tu devrais être morte à l’heure qu’il est ! Rouspéta la créature.
-Excusez-moi... marmonna l’elfe tout en abaissant les yeux. Elle n’aima pas sa réponse, pourquoi s’était t'elle si docilement renfrognée devant les cris de la chose répugnante qui gigotait devant elle. Elle prit un temps de pause et elle renchérit.
-J’ai atrocement faim et puis... je... j’aimerais uriner...seule !
Elle regarda la créature qui venait de lui adresser la parole droit dans les yeux.
-Bien ! La créature formula quelques mots en direction de son compagnon, puis ils sortirent tous les deux laissant l’elfe seule. Quelques minutes plus tard, après s’être assurés qu’elle avait bien terminé, ils revinrent dans la pièce.
L’une des créatures se dirigea vers le poêle et versa un bol de soupe, qu’elle apporta à l’elfe.
-Pourrais-je avoir une cuillère ? Exigea t-elle.
En guise de réponse, l’être poilu prit sur la table l’ustensile demandé et lui tendit.
-Moi c’est Yily et mon mari c’est Yul. Mon mari ne parle pas ta langue.
-D’accord ! Donc depuis le début c’est avec vous que je parle ?
-C’est difficile de vous différencier.
-Mon mari porte une ceinture et moi pas.
-Ha oui ! C’est vrai. Je n’avais pas remarqué.
Les heures passaient et Yaeouil les occupait à observer attentivement le couple qui l’hébergeait. Tout leur corps était recouvert de poil à part la paume de leur main, la plante de leur pied, leurs oreilles très longues et pointues et le bout de leur nez. Également, il manquait de poil à quelques endroits de leur torse, on pouvait alors discerner leur peau brunâtre. Ces derniers discutaient sans arrêt, leur oreilles s’abaissaient selon leurs émotions, parfois ils parlaient plus forts et émettaient de drôles de grognements. D’autre fois, c’était des sifflements et des éructations. Bref, ils semblaient bien copains tous les deux.
-Merci de m’héberger ! Lança Yaeouil, alors qu’elle les regardait. Aussitôt, ils s’arrêtèrent de parler et de travailler. Yily évidemment prit la parole.
-Avons-nous le choix !
Yaeouil ne sut pas comment interpréter cette phrase. Elle ne savait toujours pas si les êtres poilus l’appréciaient ou si elle était davantage un fardeau pour eux.
-Lorsque mon pied ira mieux je vous promets de partir et de vous récompenser pour vos attentions.
Yily s’esclaffa. Enfin, elle fit les bruits que l’elfe interprétait comme des rires. La femelle répéta sûrement les paroles de l’elfe, car le mâle s’esclaffa à son tour. Puis, Yily se tourna enfin dans sa direction.
-On verra bien rendu là. Puis, elle continua à balayer le plancher de bois. L’elfe fixa Yily et s’aperçut qu’un sourire en coin ne quittait pas son visage. Son instinct lui criait de s’enfuir.
Maja.

L’elfe abandonnée par les Ombres fut recueillie par les locataires d’une petite maison en bois, située non loin de l’endroit où elle avait été sauvée. À son réveil, deux grosses têtes penchées sur elle, la fixaient.
-Bonjour, chuchota-t-elle.
Avant de s’assoupir à nouveau, elle eut le temps de distinguer leurs gros yeux noirs renfoncés et leurs longues oreilles pointues. Épuisée et fiévreuse, mais débarrassée des griffes de la créature de la nuit, elle n’avait plus rien à craindre, à part peut-être son passé oublié.
Dors paisiblement petite, je suis là, dors !
Après une semaine de somnolence et de délire, la jeune fille sortit enfin de sa torpeur, mais la dure réalité allait l’emporter rapidement dans un autre cauchemar. Couchée sur un lit de bois recouvert de fétus de paille qui lui piquaient la peau, elle essayait de se souvenir des derniers jours. Elle n’apercevait pas les courtes créatures velues qui déambulaient dans la même pièce où elle était étendue, tant elle était submergée par ses pensées et ses doutes. De sa position, elle discernait cependant le feu brûler dans un petit four que les Yeil utilisaient pour préparer la nourriture. Dans la confusion et le délire encore présent, elle se crut au bord du feu, comme avant. Comme si elle se souvenait d’y avoir déjà été, il y a longtemps, dans une autre vie.
-Bonjour, murmura-t-elle tout doucement.
-Bonjour, petite ! Répondit la créature poilue tout en rabaissant ses oreilles encore plus.
-Comment t’appelles-tu ? Réussit à bafouiller la créature.
-Je ne sais pas ! Répondit-elle d’une voix chevrotante. Je ne me rappelle plus de rien. J’ai tout oublié. L’elfe se mit à sangloter, elle avait souffert physiquement toute la semaine et maintenant elle prenait conscience de sa situation désagréable ; Elle logeait dans une maison inconnue située dans une forêt étrangère en compagnie de créatures mystérieuses qu’elle croyait, il y a encore quelques minutes, issue de ses rêves. Son cœur débordait de tristesse, elle ne pouvait même pas se rattacher à des souvenirs plaisants pour se réconforter, puisque son esprit ne se rappelait plus de rien.
Durant tout le repas, les êtres poilus ignorèrent Yaeouil couchée dans son lit inconfortable à quelques pas de la table basse. Ils ne lui offrirent pas même un bol de soupe ou un morceau de pain. Tout en dégustant leurs plats, ils discutaient dans un langage inconnu, parfois ils semblaient rire. L’elfe se sentait tellement seule, elle ne cessait de sangloter, son dos lui faisait mal et dans sa tête des marteaux s’amusaient à marteler son crâne. À ce moment, elle aurait eu besoin d’une étreinte, d’une parole réconfortante, mais tout ce qu’elle saisissait étaient des bruits inintelligibles, des mâchoires mastiquées et des grincements de couteaux. Totalement ignorée, une pénible intuition lui fit penser qu’elle ressemblait à un animal de compagnie qui attend que les maîtres finissent de manger pour se nourrir. Elle tourna dos à la scène en tentant de ne pas écouter les sons et de respirer les odeurs de nourriture. Comme elle somnolait, elle sentit que l’on tâtait son épaule. Elle se retourna vivement, l’une des créatures se dressait devant elle, tenant un bol de potage dans lequel du pain trempait. Elle le prit et mangea goulûment. Alors qu’elle essuyait sa bouche de sa main, elle remarqua qu’on ne lui avait pas donné de cuillère. Elle trouva ça étrange.










