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Voici mon poème préféré, il est intitulé le divan et son auteur se nomme Edmond Rostand, le même qui a écrit Cyrano de Bergerac. Il est extrait d'un recueil de poème Les musardises, dont j'ai l'édition de 1910, un superbe ouvrage d'ailleurs et illustré en plus.

Quand on est couché sur le divan bas
Devant la fenêtre.
C'est délicieux, car on ne sait pas
Où l'on peut bien être.
Mollement couché, des coussins au dos,
On goûte une joie :
On ne voit plus rien, entre les rideaux,
Que le ciel de soie !
Ni sordides murs, ni toits, ni sommet
D'arbres de décembre !
Quand on est couché sur le divan bas
Devant la fenêtre.
C'est délicieux, car on ne sait pas
Où l'on peut bien être.
Mollement couché, des coussins au dos,
On goûte une joie :
On ne voit plus rien, entre les rideaux,
Que le ciel de soie !
Ni sordides murs, ni toits, ni sommet
Mais on revoit tout dès que l'on se met
Debout dans la chambre !
Dès qu'on est debout, on revoit la cour
De zinc et d'asphalte,
Tout ce qui, soudain, quand le rêve court,
Vient lui dire : «Halte !»
L'envers des maisons, luxe à prix réduit,
Gaz et tuyautages,
Et l'affreux vitrail qui se reproduit
À tous les étages !
Dès qu'on est debout, on voit brusquement
Tout ça raparaître.
On s'étend : plus rien que du firmament
Dans une fenêtre !
C'est pourquoi souvent, quand je me sens las
De vulgaire vie,
Durant tout un jour, sur le divan bas,
Je rêve et j'oublie.
Et j'aime rester immobile sur
Le vieux divan rouge,
Sachant qu'on détruit le carré d'azur
Aussitôt qu'on bouge.
Et je n'aperçois que du bleu, du bleu,
Du bleu dans la baie ;
Le soleil y vient, une heure, au milieu,
Faire sa flambée ;
Puis, le carré bleu pâlit vers le soir,
Prend un vert turquoise;
Puis il s'assombrit, devient presque noir :
C'est comme une ardoise.
Et de signes clairs partout le criblant,
L'invisible craie
Vient couvrir alors d'algèbres tremblant
L'ardoise sacrée !
Oh ! ne pas bouger ! ne pas faire un pas
Vers cette fenêtre !
Croire que la cour affreuse n'est pas
Et ne peut pas être !
Oh ! dire au tableau : «Je ne te permets
Que ce qui s'étoile !»
Se placer toujours pour ne voir jamais
Le bas de la toile !
Ce serait trop beau ! - Ne pas lire tout,
Choisir dans le livre ! -
Mais on ne peut pas. Sans être debout,
On ne peut pas vivre !
Ce qu'il faut pouvoir, ce qu'il faut savoir,
C'est garder son rêve ;
C'est se faire un ciel qu'on puisse encor voir
Lorsqu'on se lève;
C'est avoir des yeux qui, voyant le laid,
Voient le beau quand même;
C'est savoir rester, parmi ce qu'on hait,
Avec ce qu'on aime !
Ce qu'il faut, c'est voir, au-dessus d'un toit,
D'une cheminée,
Au-dessus de moi, au-dessus de toi,
D'une humble journée,
D'un coin de Paris, - c'est cela qu'il faut,
Car c'est difficile ! -
Un ciel aussi pur, un ciel aussi haut
Qu'un ciel de Sicile !
par Maja
publié dans :
Pensées de génies

«L'excès de conscience est une vraie maladie. Je le jure.»
-Dostoïevski (mémoires écrits dans un souterrain)
par Maja
publié dans :
Pensées de génies
«Le piège de la haine, c'est qu'elle nous enlace trop étroitement à l'adversaire»
Milan Kundera, L'immortalité
par Maja
publié dans :
Pensées de génies








