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Cet article est la troisième partie d'un récit qui s'intitule "Les êtres intemporels".
Artwork by Selina Fenech ©2005. www.selinafenech.com
Le vieil homme continua sa randonnée dans la forêt remplissant l’un de ses paniers d’osier de toutes sortes de champignons succulents et l’autre de tous les petits fruits qu’il croisait sur son chemin. Jusqu’au moment où il eût besoin de se laver les mains. Fatigué, il préféra se rendre à une mare créée suite aux dernières pluies, que de se rendre au lac, où il avait l’habitude de laver ses champignons. Comme il retroussait ses manches, il entendit un clapotis provenir de la mare. Il se pencha pour regarder dans l'eau et aperçu un ver luminescent qui nageait en forme de cercle. Le vieil homme étonné commença à se laver les mains tout en observant le ver. Sous les yeux ébahis de Jacob, le petit ver brillant se mit à sursauter hors de l'eau. Il poursuiva son manège tout le temps que dura la corvée de nettoyage des champignons du vieil homme. Alors qu'il reprennait enfin sa randonnée, le ver fit un dernier effort et sauta le plus haut qu’il pût pour retomber plus fort dans l’eau. C’est à ce moment que le vieil homme comprit.
-Mais qu’est-ce que tu as petit ver à sauter comme ça ! Tu veux venir avec moi ? Attends un peu, j’ai un petit pot avec moi, je vais mettre de l’eau dedans et tu pourras m’accompagner jusqu’à la maison.
Comme si le ver avait compris, il arrêta net de sauter et même de bouger, jusqu’à ce que le vieil homme plonge son pot dans l’eau. Alors, sans attendre une seconde, le ver s’y engouffra aussi vite qu’il le pût.
-Alors petit, on dirait bien que tu m’aimes !
Ce vieil homme vient de mettre la main sur un être intemporel. Les pluies diluviennes de ces derniers jours ont fait émerger l’être de son hibernation. Juste au bon moment pour rencontrer Jacob. Tout se déroula comme il l’avait prévu, plutôt comme il l’avait vu dans ses voyages temporels. C’est ainsi que débutèrent les premiers jours du nouveau monde. Le deuxième.
-Allez petit ver, on rentre pour dîner. Au menu, il y aura poissons, carottes, champignons bien sûr et pour dessert une tarte aux baies sauvages. Ma femme Inwé est une très bonne cuisinière, elle...
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Plus tard, dans la cuisine, Inwé lave et range tranquillement les objets qui lui ont servi à préparer le souper. Elle semble concentrer sur sa tâche, alors que sa petite fille joue dans la salle commune avec des jouets en bois fabriqués par son père, qui en plus d’être paysan, est charpentier et forgeron. Inwé ressemble à ce type de femme, qui travaille fort physiquement et pour qui chaque jour est labeur. La peau de son visage est ridée, ses mains sont vieillies et son corps est courbé. Elle porte ses longs cheveux châtains en chignon et ses yeux sont d’un bleu mat, alors que son corps est grassouillet et sa poitrine opulente.
Une fois la noirceur tombée, les huit membres de la famille se dirigent vers leurs chambres respectives, tout en se souhaitant une bonne nuit. Dans la chambre des parents, comme chaque soir Inwé et Jacob discutent paisiblement du déroulement de leur journée jusqu’au moment où Inwé remarque un pot sur la table de chevet de son mari.

-Avant de poursuivre, je veux que l’on me certifie qu'il n'y a eu aucune infiltration dans la salle. Pouvez-vous maintenant me le confirmer Mage Twin ? Demanda le Mage Bobwé, à celui qu’il dénommait Twin, un mage très barbu et plutôt costaud assis dans le fond de la salle.
-Mage Bobwé, d'autres membres du conseil et moi-même avons passé la pièce au crible munis de nos détecteurs sensitifs. Nos recherches n’ont heureusement donné aucun résultat. Nous avons aussi questionné nos instincts, qui n’ont détecté rien d’irrégulier ou de malsain. Sachant que notre réunion devait rester extrêmement secrète, j’ai également pris l’initiative de solliciter les services d’une Vieille. Cette dernière a ausculté la pièce et m’a confirmé que la salle était vide de créatures ou d'êtres indésirables capables de nous comprendre. Toutefois, comme toujours, je ne peux vous assurer à cent pourcent qu'on ne nous écoute pas.
-Il avait bien raison maître, car moi j'étais là, à tout entendre, ajouta la petite créature. Il continua à narrer à l’inconnu qu’il nommait maître, les paroles du Mage Bobwé.
-Je vois que toutes les mesures ont été sagement entreprises. Merci Mage Twin. Bien ! Je vais commencer. Cette nuit, on m'a révélé qu'à l'occasion les êtres intemporels se provoquent en duel. C'est ainsi, qu'ils ingèrent la puissance de l'autre pour accroître la leur. Donc, certains s'entretuent ! Sauf qu'étant très pacifistes, ce n'est que très rarement qu'ils se livrent à de tels combats. Et...
-Mage Bobwé, si vous permettez, j'ai une question. Si les Chawraï dégagent de l'énergie et ce, seulement en se déplaçant d'un univers ou d'un temps à l'autre, que se passe t-il quand ils se battent ?
-J'y venais... L'air devient électrique, un champs magnétique se forme autour de l'arène de combat si l’on peut dire, l'atmosphère s'électrise d'où la formation d'orages violentes, d'éclairs bleutées, de cyclones... Ça ne vous rappelle pas quelque chose, chers confrères ?
À cette annonce, tous les mages du conseil se mirent à murmurer.
-C’est à ce moment maître, que l’un des mages m’a détecté.
-Tu m'as tout dit ! Questionna sèchement l’homme dissimulé dans la noirceur.
-Oui, oui bien sûr Maître. Pour moi, je n'ai gardé aucun secret.
-Prends ton or et déguerpis !
-Merci Maître ! S'empressa de rajouter la petite créature tout en se prosternant en signe de respect.
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Monde2/An5
-Bon matin jeune homme !
-Bon matin Jacob ! Toujours votre promenade matinale ?
-Oui, il faut bien manger mon ami Ywan ! Et quoi de mieux que débuter la journée dans la forêt à cueillir champignons et baies. Hein ?
-T’as bien raison Jacob ! Au fait tu m’invites à dîner ?
-Petit coquin ! On se voit au dîner alors ! Cria Jacob avant de s'infiltrer dans la forêt.
Tout en marchant dans la sombre forêt, dans le même sentier qu'il empruntait presque chaque jour, Jacob réfléchissait à son aîné qui ces derniers jours lui donnait du soucis. Ce petit Ywan fait du bon boulot, si mon aîné était comme lui. S’il consentait à travailler enfin aux champs comme ses frères et ses sœurs ! Mais non ! Ce grand freluquet aspire à la profession de peintre. Dans notre contrée, un peintre ! C’est du délire ! Ici c’est la terre notre source de subsistance. Ce sont les animaux qu’on élève, les champs qu’on récolte, c’est ça notre façon de vivre. Un point c’est tout ! Mais où sont ces champignons ?




Monde2/An6031
Dans une pièce sombre comme une abysse, illuminée par un mince et unique jet de lumière, deux êtres discutent. Les rochers dont sont constitués les murs suintent, l'air est rare et une odeur de moisissure y flotte. L'un qu'on ne peut pas voir écoute, alors que l'autre, dont on ne discerne que son long bras maigre, osseux et vert qui gesticule, rapporte ce qu'il a vu et entendu.

-Dans une petite salle ovale sans fenêtre, installés autour d'une immense table en bois massif, j'ai vu une vingtaine de mages entassés tous drapés de vêtements sombres et vieillots. Les mages assis sur de vieilles chaises de bois sculptées, dont les dossiers et les sièges sont recouverts d'un velours magenta qui, malgré le temps, garde encore de sa somptuosité, chuchotaient en attendant l'arrivée du Mage Bobwé. Ils prétendaient que celui-ci avait reçu récemment d'une source inconnue, une information assez importante à propos des Chawraïs pour convoquer l'ensemble du Conseil. La pièce était faiblement éclairée par quelques vieilles bougies, alors que la table était jonchée de livres, de parchemins, de cartes et de papiers de toutes sortes. Des bibliothèques aussi hautes que le plafond sont incrustées dans les murs de bois. Le plafond est, quant à lui, orné de peintures magnifiques. Ça vous invoque quelque chose maître ?
Sans attendre la réponse, la créature continua son récit.
-On se serait cru dans un siècle reculé, sans la présence des petits appareils électroniques qui se mélangeaient aux paperasses anciennes étalées sur la table. Quant à moi, je suis resté silencieusement caché entre les papiers épars sur l'une des plus hautes étagères, comme ça j'ai pu tout observer et tout entendre.
-Qu'as-tu entendu ? Questionna le personnage sombre, que l'être verdâtre nommait avec égard maître. La svelte créature s'empressa alors de narrer mot pour mot ce qu'elle avait recueilli comme renseignement, car on l'avait justement embauché pour cette raison, sa capacité à emmagasiner toutes les informations sans en perdre aucun détail. Ainsi, elle commença à réciter ces paroles :

-Bonsoir à vous confrères, avant de vous transmettre la confession que j'ai reçue cette nuit, je vais vous lire ce court résumé que j'ai transcrit ce matin. Simplement, pour rafraîchir nos vieilles mémoires.
-C'est au début des temps, que se déposèrent sur les continents primitifs de notre planète les premiers germes de la vie. La surface, dominée par un magma bouillonnant et un sol tremblant d'où jaillissaient montagnes et vallées, se préparait déjà à l'accueillir. Apparue plus tôt, cette forme d'existence singulière aux caractéristiques fabuleuses, loin d’être composée de chair et de sang, s’avérait plutôt immatérielle, voilée, blanchâtre et luminescente. C’est ainsi que vinrent au monde les premiers êtres intemporels. Tous nés d'un instant qui n'a duré que quelques secondes. Ils étaient donc à la fois les premiers et les derniers de leur espèce, puisque l’union des circonstances pour mener à leur création est un phénomène extrêmement rare dans l’univers. Ils voyageaient dès lors à vive allure autant dans le temps, que dans l’espace. Avant tous, ils ont vu les premières civilisations, les guerres et toutes les horreurs d’un premier monde, dont les habitants provoquèrent la quasi complète destruction.
Reprenant son souffle, le Mage Bobwé continua sa lecture.
-Dans le deuxième, ils ne les laisseront pas recommencer les mêmes erreurs. Cette fois-ci, certains de ces êtres se sont jurés d'intervenir. Nulles frontières de temps et d’espace ne pouvant les arrêter, ils ont tout de même dû attendre le déroulement normal du temps pour accomplir leurs desseins. Ils prirent leur temps, s’installant là où il le fallait pour hiberner et être découvert au bon moment par la bonne personne. Plus étonnant encore, les événements nous prouvent qu'ils ont réussi. Ils sont désormais parmi nous. Nous savons d’eux très peu de choses, entre autres nous sont inconnus leur langage et leur nombre. Toutefois, nous savons qu’ils sont très puissants, qu’ils ont besoin d’un maître pour apprendre et qu’ils sont de ce fait très fidèles.
Le mage, ayant terminé sa lecture, s'adressa à l'assemblée. Tous le regardaient intensément, car tous avaient hâte qu'il divulgue enfin son secret.
-En vous lisant ceci, je vous ai sûrement rien appris de nouveau sur ces êtres que l'on nomme aussi, les Chawraï. Mais récemment, on m'a révélé une information capitale sur eux.








